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dimanche 26 janvier 2014

Peut-on vivre en ce monde sans le « plus », sans ces sempiternelles comparaisons ?

Ce ne sont que des esprits frustrés, étroits, creux, conditionnés, qui recherchent le « plus ». Peut-on vivre en ce monde sans le « plus », sans ces sempiternelles comparaisons ? Assurément, c’est possible. Mais on doit l’apprendre par soi-même. Mener une enquête dans toute cette sphère, c’est méditer. Ce mot a été employé, en Orient et en Occident, d’une façon malheureuse. Il existe différentes écoles et différents systèmes de méditation. Certaines écoles disent : « Observez le mouvement de votre gros orteil, observez-le, observez-le, observez-le », d’autres recommandent que l’on s’assoie dans certaines postures, que l’on respire régulièrement, ou que l’on s’exerce à être lucide. Tout cela est purement mécanique. Une autre méthode consiste à vous donner un certain mot et à vous dire que si vous le répétez très longtemps, vous aurez une expérience transcendantale extraordinaire. C’est une absurdité. C’est de l’auto-hypnotisme. Il est certain qu’en répétant indéfiniment Amen, Om, ou Coca-Cola, vous aurez une certaine expérience, parce qu’au moyen de répétitions on se calme l’esprit. C’est un phénomène bien connu en Inde depuis des milliers d’années, que l’on appelle Mantra-Yoga. Avec des répétitions vous pouvez inciter votre esprit à être aimable et doux, mais il n’en sera pas moins un petit esprit mesquin, misérable. Vous pourriez aussi bien placer sur votre cheminée un morceau de bois ramassé dans le jardin et lui présenter tous les jours une fleur en offrande. Au bout d’un mois vous seriez en train de l’adorer, et ne pas lui offrir une fleur serait un péché.

« Se libérer du connu », J. Krishnamurti, Chapitre 15 – Stock, 1977.




samedi 25 janvier 2014

La méditation ne consiste pas à suivre un système

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La méditation ne consiste pas à suivre un système ; ce n’est pas une constante répétition ou imitation ; ce n’est pas une concentration. Une des méthodes favorites de certaines personnes qui enseignent la méditation est d’insister auprès de leurs élèves sur la nécessité de se concentrer, c’est-à-dire de fixer leur esprit sur une pensée et d’expulser toutes les autres. C’est la chose la plus stupide, la plus nocive que puisse faire n’importe quel écolier, lorsqu’on l’y oblige. Cela veut dire que pendant tout ce temps on est le lieu d’un combat entre la volonté insistante de se concentrer et l’esprit qui vagabonde, tandis qu’il faudrait être attentif à tous les mouvements de la pensée, partout où elle va. Lorsque votre esprit erre à l’aventure, c’est que vous êtes intéressé par autre chose que ce que vous faites.


La méditation exige un esprit étonnamment agile ; c’est une compréhension de la totalité de la vie, où toute fragmentation a cessé, et non une volonté dirigeant la pensée. Lorsque celle-ci est dirigée, elle provoque un conflit dans l’esprit mais lorsqu’on comprend sa structure et son origine —que nous avons déjà examinées— elle cesse d’intervenir. Cette compréhension de la structure de la pensée est sa propre discipline, qui est méditation.


« Se libérer du connu », J. Krishnamurti, Chapitre 15 – Stock, 1977.




mercredi 22 janvier 2014

Je ne sais pas si vous avez suffisamment examiné cette question par vous-même, afin de découvrir si l’on peut vivre avec un autre être dans une harmonie totale, un accord total, de façon qu’il n’y ait aucune barrière, aucune division, mais un sentiment d’unité complète

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Je ne sais pas si vous avez suffisamment examiné cette question par vous-même, afin de découvrir si l’on peut vivre avec un autre être dans une harmonie totale, un accord total, de façon qu’il n’y ait aucune barrière, aucune division, mais un sentiment d’unité complète. Ce mot « relation » implique que nous sommes reliés – non pas dans nos actions, dans nos projets, dans une idéologie, mais reliés totalement dans ce sens que la division, ce morcellement qui existe entre individus, entre deux êtres humains, n’existe plus à aucun niveau.


Faute de comprendre ces relations, il me semble que, quand nous nous efforçons d’établir théoriquement ou techniquement un ordre dans le monde, par force non seulement nous en viendrons à créer de profondes divisions entre l’homme et son prochain, mais nous serons incapables d’empêcher la corruption. Celle-ci commence avec le manque de rapports réels ; c’est là, me semble-t-il, la racine même de la corruption. Nos relations, telles que nous les connaissons actuellement, sont le prolongement d’un état de division entre les individus.


La racine primordiale de ce mot « individu » signifie « indivisible ». Un être humain qui n’est pas divisé, fragmenté en lui-même, est véritablement un individu.


Mais la plupart d’entre nous ne le sommes pas. Nous nous figurons l’être, et c’est pour cela qu’il y a une opposition entre l’individu et la communauté. Non seulement il nous faut comprendre le sens donné par le dictionnaire à ce mot « individualité », mais il faut en pénétrer le sens profond d’après lequel il n’y a plus de fragmentation aucune. Cela veut dire une harmonie complète entre l’esprit, le coeur et l’organisme physique. Alors seulement l’individu existe.


Extrait de la causerie de J Krishnamurti à New York City le 24 avril 1971 (source : « L’éveil de l’intelligence » aux éditions Stock. deuxième trimestre 1975 Chapitre 1, pages 77 à 95)




mardi 21 janvier 2014

La crise n’est pas dans le monde extérieur

La crise n’est pas dans le monde extérieur elle est dans notre conscience elle-même.


Si nous examinons nos rapports actuels les uns avec les autres, qu’ils soient intimes ou superficiels, profonds ou passagers, nous voyons qu’il y a toujours fragmentation. La femme ou le mari, le jeune homme ou la jeune fille, chacun vit sa propre ambition, ses buts personnels et égoïstes, enfermé dans son propre cocon. Tous ces éléments contribuent à la construction d’une image en soi-même, tous nos rapports avec autrui passent à travers cette image et, par conséquent, il n’y a aucune relation réelle directe.


Je ne sais pas si vous avez conscience de la structure de la nature de cette image que chacun construit autour de soi et en lui-même. Cela se fait à chaque instant, et comment peut-il y avoir des relations avec autrui quand existent cet élan personnel, cette envie, cette esprit de compétition, cette avidité, et toutes ces forces qui sont entretenues et exagérées dans notre société moderne ? Comment pourrait-il y avoir des relations avec un autre si chacun de nous est lancé à la poursuite de sa propre réussite personnelle, de son propre succès ? Je ne sais pas si nous avons conscience de tout ceci. Nous sommes ainsi conditionnés que nous l’acceptons comme étant chose normale, le modèle de la vie, chacun de nous devant poursuivre ses propres particularités, ses propres tendances, et néanmoins s’efforcer d’établir des relations avec autrui. N’est-ce pas là ce que nous faisons tous ? Vous êtes peut-être marié, et vous allez au bureau ou à l’usine ; quoique que vous fassiez pendant la durée de la journée, c’est cela que vous poursuivez. Et votre femme est chez elle, ayant ses propres ennuis, en proie à ses propres vanités, avec tout ce qui se passe autour d’elle. Et qu’elles sont alors les relations existant entre ces deux être humains ? Au lit, dans leur vie sexuelle ? Des relations tellement superficielles, limitées et circonscrites ne sont-elles pas en elles-mêmes l’essence de la corruption ?


On peut se demander : comment vous proposez-vous de vivre si vous n’allez pas au bureau, si vous ne poursuivez pas votre propre ambition, vos propres désirs d’atteindre ou d’aboutir ? Si l’on ne fait rien de tout cela, que peut-on faire ? Il me semble que ceci est une question absolument fausse. N’êtes-vous pas du même avis ? Par ce que nous sommes préoccupés, n’est-ce pas, de susciter un changement radical dans la structure même de notre esprit. La crise n’est pas dans le monde extérieur elle est dans notre conscience elle-même. Tant que nous n’aurons pas compris cette crise profondément et non selon les idées de quelques philosophes, mais jusqu’au moment où véritablement nous comprendrons par nous-mêmes en regardant en nous-mêmes, en nous examinant nous-mêmes, nous serons incapables de provoquer un tel changement. C’est la révolution psychologique qui nous préoccupe, et cette révolution ne peut se produire que s’il y a des relations justes entres les êtres humains.


Extrait de la causerie de J Krishnamurti à New York City le 24 avril 1971 (source : « L’éveil de l’intelligence » aux éditions Stock. deuxième trimestre 1975 Chapitre 1, pages 77 à




dimanche 19 janvier 2014

Existe-t-il une perception qui n’est pas né du savoir,

Existe-t-il une perception qui n’est pas né du savoir, le savoir étant l’expérience, la mémoire, la pensée, l’action ?


K : Tout d’abord, nous connaissons la perception ordinaire de la pensée : la discrimination, l’aptitude à équilibrer, la construction et la destruction, le mouvement dans toutes les activités humaines de choix, la liberté, l’obéissance, l’autorité, et tout cela. C’est le mouvement de la pensée qui perçoit. Nous demandons – nous n’affirmons pas – y a-t-il une perception qui n’est pas la pensée ?


PJ : je me demande souvent quelle est la valeur d’une question comme cela. Vous voyez, vous posez une question, vous dites qu’aucune réponse n’est possible.


K : Non


PJ : Est-ce qu’une réponse est possible ?


K : Oui. Nous connaissons la nature de la pensée. La pensée discerne, distingue, choisit ; la pensée crée la structure. Il y a un mouvement de pensée dans la perception pour faire la distinction entre le bien et le mal, le vrai et le faux, la haine et la bonté. Et nous savons, comme nous l’avons dit, celui-ci a une continuité dans le temps. Maintenant, est-ce que nous en restons là, ce qui veut dire, est-ce que nous restons en perpétuel conflit ? Donc, vous demandez, y a-t-il une enquête qui nous conduira à un état de non-conflit ? Qui est quoi ? Existe-t-il une perception qui n’est pas né du savoir, le savoir étant l’expérience, la mémoire, la pensée, l’action ? Je demande, y a-t-il une action qui n’est pas fondée sur la remémoration, la remémoration étant le passé ? Existe-t-il une perception qui est totalement dénuée du passé ? Est-ce que vous investiguez avec moi de cette façon ? Je sais cela, et je me rends compte que ceci implique un conflit éternel.


La voie de l’intelligence, p.59 – chapitre 2 – partie 3 – 3° séminaire. Madras 16 janvier 1981 – « C’est dans l’écoute qu’est la transformation. »




mercredi 15 janvier 2014

Pouvons-nous faire cela, ce matin – faire face aux choses telles qu’elles sont ?

Pouvons-nous faire cela, ce matin – faire face aux choses telles qu’elles sont ?


Pourquoi abordons-nous toujours les choses en termes d’accord ou de désaccord. Pouvons-nous écarter complètement de notre vocabulaire, de notre cerveau, « je suis d’accord » ou « je ne suis pas d’accord » et simplement faire face aux faits tels qu’ils sont, non seulement dans le monde, mais aussi en nous-même  ? Cela demande une grande honnêteté, l’urgence de l’honnêteté. Pouvons-nous faire cela, ce matin – faire face aux choses telles quelles sont ?


J. Krishnamurti Last talk in Saanen 21 juillet 1985, 5th public talk (audio et video) Event ID/Serial No BKID60090/EP86SA85-05




mardi 14 janvier 2014

La colère nous isole du monde et des relations humaines.

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La colère a ceci de particulier qu’elle vous isole ; comme le chagrin, elle vous retranche du monde, et vous fait perdre le sens des relations humaines.


La colère a la force et la vitalité passagères de ce qui est isolé. Il y a un étrange désespoir dans la colère ; car l’isolement est désespoir. La colère que font naître la déception, la jalousie, le besoin de blesser, procure un soulagement agréable dans la mesure où elle est une justification de soi. Nous condamnons les autres, et cette condamnation nous justifie à nos yeux. Si nous n’adoptons pas telle ou telle attitude, qu’il s’agisse de justification ou d’humiliation, que sommes-nous ? Nous cherchons par tous les moyens à affirmer notre personnalité, et la colère, comme la haine, est un des moyens les plus faciles.


Le simple mouvement d’humeur, une flambée de colère vite oubliée, est une chose ; mais la colère délibérément mûrie et qui cherche à blesser et à détruire est tout autre chose. Un mouvement d’humeur peut avoir une cause psychologique que l’on peut déceler et à laquelle on peut aisément remédier ; mais la colère résultant d’une cause psychologique est beaucoup plus subtile et beaucoup plus difficile à traiter. La plupart des gens n’attachent pas une grande importance à la colère et leur trouvent facilement des excuses. Pourquoi ne nous mettrions-nous pas en colère lorsque nous subissons un affront ou lorsque nous assistons à des scènes qui nous révoltent ? Ainsi nous trouvons des justifications à notre colère. Il ne nous arrive jamais de dire que nous sommes en colère et de nous en tenir là ; nous nous lançons dans de savantes explications sur ses origines. Nous ne disons jamais simplement que nous sommes jaloux ou fâchés, mais nous justifions ou nous expliquons notre jalousie ou notre ressentiment. Nous demandons comment il peut y avoir de l’amour sans jalousie, ou bien nous disons que les agissements de telle personne nous ont déplu, et ainsi de suite.


C’est l’explication, la formulation, silencieuse ou exprimée, qui entretient la colère, qui l’amplifie et l’enracine.


J. Krishnamurti Commentaires sur la vie Tome 1, Chapitre 30 La colère