Translate

samedi 15 mars 2014

Il n’y a pas de différence essentielle entre les vieux et les jeunes.

Il n’y a pas de différence essentielle entre les vieux et les jeunes. Les uns, comme les autres, sont esclaves de leurs désirs et de leurs jouissances.


La maturité n’est pas une question d’âge : elle vient avec la compréhension. L’ardent esprit de recherche est peut-être plus accessible aux jeunes, car les vieux ont souvent été malmenés par la vie : les conflits les ont usés et la mort, sous différentes formes, les attend. Cela ne veut pas dire qu’ils soient incapables de mener à fond une recherche, mais que cela leur est plus difficile. Beaucoup d’adultes manquent de maturité, sont assez enfantins, et c’est là une des causes qui contribuent à la confusion et à la misère du monde. Ce sont les vieux qui sont responsables de la crise économique et morale actuelle, et l’une de nos malheureuses faiblesses est de vouloir que d’autres viennent agir pour nous et modifier le cours de nos vies. Nous attendons que des jeunes se révoltent et construisent un monde nouveau, cependant que nous demeurons inactifs, n’étant pas sûrs du résultat.


C’est la sécurité et le succès que la plupart d’entre nous recherchent. Et un esprit qui aspire à la sécurité, qui est avide de succès, n’étant pas intelligent, ne se prête à aucune action intégrée. Il ne peut y avoir d’action intégrée que pour l’homme pleinement conscient de son conditionnement, de ses préjugés raciaux, nationaux, politiques et religieux, c’est-à-dire l’homme qui réalise que les voies de l’égo sont toujours séparatives.


La vie est un puits aux eaux profondes. L’on peut s’y présenter avec des petits seaux et ne tirer que peu, ou avec de grands récipients et extraire des eaux abondantes qui nourriront substantiellement. C’est le temps de la jeunesse qui est celui des recherches. C’est celui où l’on veut faire l’expérience de tout. L’école devrait aider les jeunes à découvrir leurs vocations et leurs responsabilités et non pas simplement leur farcir l’esprit de faits et de connaissances techniques ; elle devrait être le bon sol dans lequel ils pourraient grandir sans peur, heureux, intégralement.


J. Krishnamurti De l’éducation Ce qu’est le vrai enseignement, chapitre 2 (p. 39-40)




vendredi 14 mars 2014

Tant que nous continuerons à grimper à l’échelle du succès, il y aura toujours des malheureux et des affamés.

20140314-071712.jpg


Tant que nous continuerons à grimper à l’échelle du succès, il y aura toujours des malheureux et des affamés.


Question : Pourquoi certaines personnes naissent-elles dans des conditions misérables, alors que d’autres sont riches et heureuses ?


Krishnamurti : Qu’en pensez-vous ? Pourquoi, au lieu de me poser cette question et d’attendre une réponse, ne cherchez-vous pas à savoir quel est votre sentiment à ce sujet ? Croyez-vous qu’il s’agisse de quelque raison mystérieuse que vous appelez karma ? Dans une vie antérieure, vous auriez vécu vertueusement et vous seriez récompensé maintenant avec de la fortune et une situation. C’est cela ?… Ou, ayant été méchant dans une précédente incarnation, vous êtes puni dans cette vie.


Voyez-vous, la réalité est un problème très complexe. C’est la Société qui est coupable. Les ambitieux et les malins exploitent les autres et parviennent au sommet. Le désir de chacun est de gravir les échelons, de monter aussi haut que possible, et alors que se produit-il ? On se piétine les uns les autres et celui qui est écrasé demande « pourquoi la vie est-elle si injuste ? Vous avez tout et je suis un incapable, je n’ai rien ». Tant que nous continuerons à grimper à l’échelle du succès, il y aura toujours des malheureux et des affamés. C’est notre désir de réussir qui doit être compris, et non la raison pour laquelle certains sont riches et d’autres pauvres, pourquoi les uns ont du talent et les autres non. C’est notre désir de grimper, d’être importants, qui doit changer. Nous aspirons tous au succès, n’est-ce pas ? C’est-là qu’il faut chercher la faute, pas dans un Karma ou dans quelque autre explication. La réalité est que nous voulons tous « grimper » : peut-être pas jusqu’au sommet, mais aussi haut que possible. Tant qu’existera ce désir d’être « quelqu’un » dans le monde, nous aurons des riches et des pauvres, des exploiteurs et des exploités.


J. Krishnamurti Face à la vie Première série, chapitre 4 (p. 64-65)




jeudi 13 mars 2014

Il n’y avait pas d’observateur qui les écoutait, les prenait en pitié et marchait derrière elles.

Il n’y avait pas d’observateur qui les écoutait, les prenait en pitié et marchait derrière elles. Ce n’était pas son amour ou sa pitié qui lui permettait de faire partie d’elles : il était elles.


Deux femmes descendirent le sentier en portant des fagots sur leurs têtes. L’une était âgée et l’autre très jeune, et les poids qu’elles portaient semblaient très lourds. Chacune portait en équilibre sur sa tête un fagot de longues branches sèches liées par un sarment de vigne, et le tenait d’une main. Leurs corps se balançaient librement tandis qu’elles descendaient de la colline d’un pas vif et léger. Leurs pieds étaient nus, en dépit de l’aspect rocailleux du sentier. Mais cela ne semblait pas avoir d’importance car elles marchaient sans même regarder où elles posaient les pieds, guidées par un instinct sûr. Elles tenaient leurs têtes très droites, les yeux rouges et distants. Très maigres, leurs os saillaient, et les cheveux de la plus âgée étaient sales et emmêlés. Ceux de la plus jeune avaient dû être récemment lavés et huilés car on voyait encore des mèches propres et brillantes, mais elle aussi semblait épuisée et une grande lassitude émanait d’elle. Le temps ne devait pas être loin où elle jouait encore et chantait avec les autres enfants, mais cette époque était bien révolue. Sa vie, c’était maintenant de ramasser du bois dans les collines et il en serait ainsi jusqu’à sa mort, avec un bref répit de temps à autre, pour la naissance d’un enfant.


Nous descendîmes tous par ce sentier. La petite ville de campagne était à plusieurs kilomètres et c’est là qu’elles allaient vendre leurs fagots pour quelques pièces, sachant qu’elles devraient recommencer le lendemain. Leur bavardage était entrecoupé de longs temps de silence. La plus jeune dit soudain à sa mère qu’elle avait faim, et celle-ci lui répondit que leur destin était de naître dans la famine et de vivre et de mourir en ayant faim. Elle constatait simplement un fait, car sa voix ne contenait nulle trace de reproche, de colère ou d’espoir. Nous continuâmes à suivre la pente de ce sentier rocailleux. Il n’y avait pas d’observateur qui les écoutait, les prenait en pitié et marchait derrière elles. Ce n’était pas son amour ou sa pitié qui lui permettait de faire partie d’elles : il était elles ; il avait cessé d’être et elles existaient. Elles n’étaient plus ces étrangères qu’il avait rencontrées sur la colline, elles faisaient partie intégrante de lui. C’étaient ses mains à lui qui maintenaient les fagots, et la sueur, la fatique intense et les mauvaises odeurs n’étaient plus leurs caractéristiques propres, qu’on pouvait partager en s’affligeant. Le temps et l’espace n’existaient plus. Nous n’avions plus en tête la moindre idée, trop fatiguées pour penser. Et si d’aventure nous pensions encore, c’était à la façon dont le bois serait vendu, c’était à la nourriture, au repos, et à l’obligation de tout recommencer le lendemain. Nos pieds ne sentaient pas les cailloux du sentier et le soleil de plomb ne brûlait pas nos têtes. Nous étions toutes deux seules à descendre ce sentier familier, à nous arrêter comme d’habitude pour boire un peu d’eau au puits et à reprendre notre route en traversant le lit desséché d’un cours d’eau presque oublié.


J. Krishnamurti Commentaires sur la vie Tome , Chapitre 44




mercredi 12 mars 2014

Dans la vie, la méditation est un acte très important.

20140312-064328.jpg


Dans la vie, la méditation est un acte très important. C’est peut-être celui qui a la signification la plus vaste et la plus profonde.


C’est une senteur qu’il n’est guère facile de capturer, pas plus qu’on ne peut l’acquérir au prix d’efforts et d’exercices. Un système ne peut produire que le fruit de ce qu’il propose et tout système, toute méthode reposent sur l’envie et l’avidité.


Ne pas être capable de méditer, c’est ne pas être capable de voir la lumière du soleil, les ombres foncées, les eaux étincelantes et la jeune pousse. Mais comme ils sont rares, ceux d’entre nous qui voient tout cela ! La méditation n’a rien à nous offrir. Il n’est pas question de se présenter les mains jointes pour la mendier. La méditation ne nous évite aucune douleur. Elle rend toutes choses absolument claires et simples, mais pour percevoir cette simplicité, l’esprit doit s’être libéré, sans raison ni motifs particuliers, de tout ce qu’il a pu rassembler en vue de raisons et de motifs précis. Là est toute la question de la méditation. C’est par la méditation qu’on se purifie du connu. Rechercher le connu, sous une forme ou une autre, c’est un jeu auto-illusoire, et celui qui médite devient alors le maître, l’acte simple de la méditation n’est plus. Le méditant ne peut agir que dans le domaine du connu ; or, s’il veut que l’inconnu soit, il doit cesser d’agir.


L’inconnaissable ne vous sollicite pas, et vous ne pouvez pas non plus le solliciter. Il va et vient comme le vent, et vous ne pouvez pas le capturer et l’emmagasiner pour votre bénéfice, pour votre usage personnel. L’inconnaissable n’a aucune valeur utilitaire, mais sans lui la vie est d’un vide infini.


J. Krishnamurti Commentaires sur la vie Tome 2, Chapitre 52




lundi 10 mars 2014

C’est une chose que d’imaginer et une autre que de percevoir ce qui est.

20140310-083701.jpg


C’est une chose que d’imaginer et une autre que de percevoir ce qui est.


C’est une chose que d’imaginer et une autre que de percevoir ce qui est, mais toutes deux sont contraignantes.


Il est simple de percevoir ce qui est, mais c’est un autre problème que d’en être libéré. Car la perception est obscurcie par des notions de jugement, de comparaison et le désir.


Percevoir sans l’interférence du censeur est extrêmement difficile. L’imagination édifie l’image du moi et la pensée fonctionne alors dans l’ombre de cette image, à l’intérieur de ses limites. C’est de cette mise en concept du moi que naît le conflit entre ce qui est et ce qui devrait être, le conflit de la dualité.


La perception du fait et l’idée qu’on a du fait sont deux états très différents et seul l’esprit qui n’est pas limité par les opinions et les valeurs comparatives a la capacité de percevoir ce qui est vrai.


J. Krishnamurti Commentaires sur la vie Tome 2, Chapitre 50




dimanche 9 mars 2014

Le fait de ressentir un sentiment et celui de lui donner un nom sont deux actes pratiquement simultanés, n’est-ce pas ?

20140309-082107.jpg


Le fait de ressentir un sentiment et celui de lui donner un nom sont deux actes pratiquement simultanés, n’est-ce pas ? Peut-il exister un intervalle entre le moment où l’on éprouve et celui où l’on nomme ce que l’on a éprouvé ?


Si l’on fait l’expérience directe de cet intervalle, on découvre que le penseur cesse d’être en tant qu’entité séparée et distincte de la pensée. Le processus de la verbalisation fait partie du moi, cette entité qui est jalouse et qui tente de masquer sa jalousie. Si vous comprenez réellement cette vérité, la peur cesse.


Le fait de nommer a un effet psychologique et physiologique. Et ce n’est que lorsqu’on ne nomme pas qu’il est possible d’avoir parfaitement conscience de ce que l’on appelle le vide de la solitude. Car alors l’esprit ne se sépare pas de ce qui est.


J. Krishnamurti Commentaires sur la vie Tome 2, Chapitre 53




samedi 8 mars 2014

Il y a une énorme différence entre un esprit préoccupé et un esprit actif.

Il y a une énorme différence entre un esprit préoccupé et un esprit actif.


Cette préoccupation du corps fait obstacle à l’adaptation au présent, et au bénéfice de la vitalité et du mouvement, si limité soit-il.


Le moi, avec ses préoccupations, suscite ses propres douleurs et problèmes, qui ont une conséquence sur le corps. Et l’inquiétude devant les maux physiques renforce les problèmes du corps. Cela ne veut pas dire qu’il faut négliger sa santé. Mais se préoccuper de la santé, comme se préoccuper de la liberté, ou des idées ne fait que retrancher davantage l’esprit dans sa propre étroitesse.


Il y a une énorme différence entre un esprit préoccupé et un esprit actif. L’esprit actif est silencieux, attentif et conscient, non sélectif.


J. Krishnamurti Commentaires sur la vie Tome 2, Chapitre 46